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Dernière mise à jour le 20.05.2013

Les étangs du Creux de-Terre à Chavornay

En bref

Le Creux de Terre est le marais le plus important dans la plaine de l'Orbe, aujourd'hui presque complètement drainée. En automne, c'est l'un des meilleurs sites d'escales pour les limicoles en Suisse (Bécassine des marais, Bécasseaux variables, de Temminck, minute, Chevaliers culblancs, sylvains, aboyeurs, arlequins, Gravelots etc.). C'est aussi un lieu de pêche pour le Martin-pêcheur, les Hérons, Aigrettes et, beaucoup plus exceptionnellement, du Butor étoilé. La présence de cet oiseau rare, exigeant quant à la qualité de son biotope et sensible aux dérangements, démontre l'importance de la préservation de petites réserves naturelles en plaine.

L. Maumary

Historique

La plaine de l’Orbe comportait de grandes étendues marécageuses jusqu’aux opérations de correction des eaux du Jura réalisées à partir des années 1870. L’abaissement du niveau des lacs subjurassiens a eu pour effet d’en assècher une grande partie, permettant la mise en culture de la quasi totalité de sa surface. Malgré ces transformations, elle a gardé un grand intérêt ornithologique aussi bien pour les espèces nicheuses que pour celles qui y passent. Dès le début des années 50, le nom de Chavornay apparaît régulièrement dans les chroniques ornithologiques. C’est d’abord au mérite de Jean-Pierre Vuagniaux qu’on le doit. Il fut le premier à alerter les ornithologues et attira leur attention sur l'intérêt exceptionnel du site La richesse de l'avifaune de cette localité est due essentiellement à quelques petits étangs qui sont, avec ceux de Bavois, les seules reliques de ce que fut autrefois cette vaste plaine marécageuse. Idéalement situés dans l’axe de migration du Plateau suisse, ces zones humides allaient très vite se révéler des hauts lieux de l’observation des oiseaux en Suisse.

Le “Creux de Terre” se trouve à proximité immédiate du village de Chavornay. Depuis le début du XXe siècle, on y a extrait de l'argile pour une tuilerie. Petit à petit laissées à l'abandon, les anciennes glaisières sont devenues au fil des ans étangs, roselières ou bosquets, selon leur âge et leur profondeur. A la fin de l'année 1964, le chantier fut définitivement abandonné. Depuis cette année-là et jusqu’à la fin du siècle passé, Daniel Glayre en a été l’observateur régulier et assidu, permettant d’en établir la grande richesse ornithologique. Si certaines parties ont été rendues à l'agriculture par le dépôt d'une couche de terre arable, d’autres sont devenues des réserves naurelles, propriété de l’Etat de Vaud. La partie septentrionale, Pré Bélisson, à l’origine un terrain vague, avec des zones marécageuses envahies de massettes, de carex et d'autres plantes palustres se révéla très vite favorable au stationnement des anatidés et des limicoles. Le pompage, qui à l’origine était destiné à assècher ces mares a ensuite été redirigé afin de donner à ces étangs une plus grande valeur naturelle. D'abord libres de végétation, les fonds argileux accueillirent la légion des limicoles. A côté des espèces courantes quelques raretés allaient être observées: Phalarope à bec étroit, Chevalier stagnatile, Glaréole à collier, Bécasseaux tacheté et falcinelle, sans oublier la première mention en Suisse du Bécasseau rousset en 1973.


photos: S. Maumary

La colonisation des lieux par les plantes aquatiques éloigna quelque peu les limicoles mais favorisa l'installation d'espèces tout aussi dignes d'intérêt. Au premier printemps, on vient au Creux deTerre pour y admirer la tribu barbotante et haute en couleurs des canards de surface; ou pour voir le Balbuzard pêcheur se laisser tomber dans l'eau, serres projetées en avant pour harponner un poisson.

Mais ce sont des oiseaux moins spectaculaires, menant une vie discrète sous le couvert de la végétation, qui ont fait la réputation des étangs de Chavornay. C'est ainsi qu'en 1952 Paul Meylan décrivit le premier nid suisse de Mésange rémiz découvert dans les saules bordant les rives. Le Héron pourpré nicha dans la roselière en 1971 et 72, malheureusement de façon éphémère. En 1967, c'était la Marouette de Baillon (photo ci-dessous) qui établissait son nid en bordure d'un des étangs. Elle récidivait en 1970 et 71, cette dernière année en compagnie de sa proche parente, la Marouette poussin; D. Glayre et D. Magnenat ont eu le mérite de relater ces événements rarissimes chez nous. Hors du complexe aquatique, le Pipit à gorge rousse constitue lui aussi une spécialité, pour ne pas dire une quasi exclusivité du site de Chavornay. Rarissime auparavant, cette espèce s'y montre régulièrement de passage depuis 1965. Depuis sa mise en réserve, les menaces planant sur le site se sont en grande partie dissipées, mais le développement exubérant de la végétation et l’embroussaillement constituent une menace pour le maintien de l’intérêt ornithologique du Creux-de-Terre qui nécessite un entretien régulier.

P.-A. Ravussin & E. Sermet

Gros plan

De l'ancienne glaisière ouverte en 1904 et exploitée jusqu'en 1964, il ne reste que deux rails, vestiges qui apparaissent lorsque les vasières s'exondent pendant l'été pour accueillir les limicoles. Transformé en décharge dès 1965, il s'en est fallu de peu pour que le Creux de Terre ne soit complètement remblayé.

C'est grâce à l'intervention de Daniel Glayre que la Ligue vaudoise pour la protection de la nature (LVPN, aujourd'hui Pro Natura), et Nos Oiseaux ont demandé la protection des étangs, mais leur sort n'a été décidé qu'en 1978, lorsque le canton - sur l'initiative du Conseil d'Etat - a acheté une partie du site pour le mettre sous protection. Il a fallu encore attendre 1982 pour l'achat global du Creux de Terre par l'Etat de Vaud, qui a définitivement fermé la décharge en 1986.

La réserve du Creux de Terre comprend aujourd'hui 38 hectares. Plus de 250 espèces y ont été observées, dont 44 oiseaux nicheurs et 40 limicoles. C'est un site d'importance nationale pour les oiseaux migrateurs. Daniel Glayre s'est battu toute sa vie pour la sauvegarde de ces étangs, voici sa plus fameuse photographie en 1971.

L. Maumary


Photo: Marouette de Baillon, Daniel Glayre, 23.6.1971 | Portrait par Josianne Glayre

Le service de la Conservation de la Faune du canton de Vaud (St-Sulpice) a dédié à Daniel Glayre un monument au pied du nouvel observatoire, innauguré en 2003 :
[à propos…]

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